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LE « MUSICAL » AMÉRICAIN - (1930 - 1939)

Publié le par Laurent Bigot

Fred Astaire et Ginger Rogers dans Top Hat (Le Danseur du dessus)  - Mark Sandrich (1935)

Fred Astaire et Ginger Rogers dans Top Hat (Le Danseur du dessus) - Mark Sandrich (1935)

Le musical a une longue histoire, aussi riche que celle du film hollywoodien en général. Il a même une paradoxale préhistoire, puisqu'une de ses composantes spécifiques, la danse, a inspiré les cinéastes dès le début du film muet : ce sont là des matériaux intéressants pour l'étude de l'expression purement visuelle du rythme. Mais c'est bien entendu la promotion du film sonore (Le Chanteur de jazz d'Alan Crosland, projeté le 6 octobre 1927, marque à la fois la naissance du film sonore et celle du musical film) qui a rendu possible le film musical proprement dit dès 1929. C'est cette année-là par exemple que dans l'Hallelujah de King Vidor, Nina McKenny s'illustre entre autres dans des séquences dansées. 

The Jazz Singer (Le Chanteur de jazz) d’Alan Crosland (1927)

Aimez-moi ce soir (Love Me Tonight) - Rouben Mamoulian (1932) - Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald

Aimez-moi ce soir (Love Me Tonight) - Rouben Mamoulian (1932) - Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald

Dès ce moment, des réalisateurs de premier plan vont s'attacher au film musical et lui donner ses premiers : chefs-d'œuvre... Ernst Lubitsch va faire chanter Maurice Chevalier et Jeannette Mac Donald dans des films comme Parade d'amour (1930) ou Une heure près de toi (1932). Le même couple sera dirigé par Rouben Mamoulian dans Aimez-moi ce soir (1932). Lubitsch établit ainsi d'emblée pour plusieurs décennies les canons de l'une des voies du film musical, plutôt chanté que dansé. Quant au grand novateur que fut Mamoulian, c'est pour la plus grande gloire du musical, qui restera son genre de prédilection, qu'il libéra la caméra et le micro de l'ankylose dans laquelle le son les avait d'abord figés…

UNE HEURE PRES DE TOI - (One Hour with You) - Ernst Lubitsch réalisé (1932)

BUSBY BERKELEY

BUSBY BERKELEY

Les années trente vont voir se lever la première génération de spécialistes élevés dans le sérail du genre et qui vont le porter à un premier achèvement. Dans le cadre d'une production qui devient systématiquement et massivement organisée, se détachent des personnalités hors classe comme Busby Berkeley, promoteur d'une chorégraphie spécifiquement filmique, et Fred Astaire dont la danse n'a sans doute jamais été égalée à l'écran. La production de ce premier âge d'or du film musical reste fort mal connue en France aujourd'hui. Quelle joie intense, et d'une haute qualité esthétique n'éprouve-t-on pas, pourtant, à voir et revoir ces films prodigues en performances accomplies, réalisées par d'extraordinaires équipes d'artistes de toutes disciplines. A cette époque où apparait une censure draconienne à Hollywood, le musical constitue le dernier refuge d'un érotisme splendide, délirant et... innombrable. 

42nd STREET (42ème Rue) – Lloyd Bacon (1933) - Forty-Second Street

Les numéros mis au point par Busby Berkeley constituent la grande galerie d'un musée imaginaire du film, dans laquelle on se sent incapable de choisir, car il faudrait tout citer.
Ainsi Chercheuses d'or de 1933 (Mervyn LeRoy, 1933) est peut-être l'anthologie parfaite de toutes les directions dans lesquelles l'art de Berkeley s’est développé. Dans «Shadow Waltz», une soixantaine de filles en blanc jouent avec des archets blancs sur des vioIons blancs qui s'illuminent dans l'obscurité : la multiplication massive d'un motif tout simple permet à Berkeley de développer des arabesques infinies qui matérialisent le ballet totalement libre de la caméra. Un autre numéro, «Petting in the Park », semble avoir été imaginé par un Lewis Caroll en proie à un érotisme mégalomaniaque. Mais le clou de Chercheuses d'or de 1933 et peut-être de toute l'œuvre de Berkeley, le numéro qui fait de ce film un chef-d'œuvre et qui promeut la dignité du genre bien au-delà du divertissement, même le plus parfait, c'est «Remember My Forgotten Man» : le film tout entier fondé sur le thème de la dépression économique qui sévit alors, s'achève en apothéose sur un fabuleux ballet des chômeurs anciens combattants, dans un cadre et une mise en scène évoquant de la manière à la fois la plus réaliste et la plus stylisée la guerre et la misère.
Prologue (Footlight Parade, 1933) est un film signé Mervyn Le Roy, dans lequel on voit un jeune comédien nommé James Cagney prendre part à de remarquables numéros dansés, est signé Lloyd Bacon. Mais il ne faut pas oublier, comme le rappelle Henri Colpi, que « le chorégraphe a la haute main sur la danse, sur les cadrages, les mouvements de caméra et le montage. Il parait en effet évident que, puisque l’organisation du ballet implique l'intrusion de la caméra comme membre agissant de la danse, le mérite essentiel des meilleurs «musicals» doit être reporté sur le chorégraphe» (Défense et illustration de la musique dans le film). D'ailleurs dès 1934 Busby Berkeley réalisera lui-même entièrement ses films, ouvrant ainsi la tradition des réalisateurs-chorégraphes, auxquels on doit les meilleurs films musicaux.
Jacques-André Bizet – Cinéma 74 (184) -  Février 1974
 

"By a Waterfall" (près d'une chute d'eau), qui demanda la participation de 300 chorus girls, sur une musique de Sammy Fain et des paroles d'Irving Kahal. L’arrangement chorégraphique extravagant Busby Berkeley donne une idée du talent, de l'imagination, et du sens de la démesure du chorégraphe. Il utilise tout ce que la technique de l'époque permet : plans aériens, caméras en mouvements, zooms. Le ballet nautique permet de construire des motifs élaborés tels que des fleurs, des cristaux de neiges ou des figures géométriques et même un gigantesque et inquiétant serpent en mouvement. Il a utilisé une piscine de 40 x 80 pieds (12,2 x 24,4 mètres) avec des parois et un plancher de verre. 100 chorus-girls se sont entraînées pendant deux semaines pour réaliser les figures qui ont exigé un tournage de 6 jours et 76.000 litres d'eau par minute.

PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller
PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller
PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller
PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller
PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller
PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller

PROLOGUE (Footlight Parade) - Lloyd Bacon, Busby Berkeley (1933) - Joan Blondell, James Cagney, Ruby Keller

En pleine Grande Dépression, Chester Kent (James Cagney) est un producteur de Broadway, forcé par le succès du cinéma à se lancer dans la création de courts métrages musicaux. Il doit composer avec un ensemble de personnages hauts en couleurs : une ex-femme avide, une impitoyable croqueuse d’hommes, sa fidèle assistante qui l’aime de longue date (Joan Blondell), la star en puissance Scotty Blair (Dick Powell)… et sa secrétaire qui se découvre star dès lors qu’elle retire ses lunettes. Disposant d’un excellent casting mené par l’oscarisé James Cagney, ce film frénétique est chorégraphié par le mythique Busby Berkeley. Entre angles de caméra surprenantes, effets kaléidoscopiques et décors grandioses, Prologue constitue un vrai concentré de joie cinématographique très audacieux pour l’époque.
LE « MUSICAL » AMÉRICAIN - (1930 - 1939)
Dans ces films du début des années trente, on peut remarquer en tête du chœur une jeune comédienne pleine de dynamisme et d'assurance, qui va bientôt connaitre la gloire en constituant avec Fred Astaire le couple le plus accompli du film musical. Sans doute Fred Astaire incarnera toujours la perfection, quelles que soient ses partenaires ultérieurs, mais on a certainement été injuste envers Ginger Rogers, comédienne complète et nuancée (par exemple dans La Grande farandole. réalisé par H.C. Potter en 1939), en ne la créditant pas de sa part dans la réussite du couple qu'ils forment dans une dizaine de films, ceux-là mêmes qui permirent à Fred Astaire de promouvoir et d'imposer le style éblouissant, fait à la fois d'élégance et d’humour, de simplicité sobre et de fantaisie inventive, ce style qu'il illustre encore aujourd’hui. 
Fred Astaire et Ginger Rogers dans La Grande Farandole (The Story of Vernon and Irene Castle) - H. C. Potter (1939)

Fred Astaire et Ginger Rogers dans La Grande Farandole (The Story of Vernon and Irene Castle) - H. C. Potter (1939)

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