Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock

Publié le par Laurent Bigot

6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock
L'inconnu sort de l'ombre
 
Ce n'est pas un hasard si, visuellement. L'Inconnu du Nord-Express possède de nombreux points communs avec L'Ombre d'un doute réalisé dix ans auparavant : perspectives fuyantes, présence inquiétante des ombres, image en noir et blanc (alors que, dès 1948, Hitchcock filmait La Corde en couleur). Les deux films possèdent de nombreuses thématiques communes, qui entraînèrent un traitement similaire, à commencer par l'idée du double. Bruno et Guy sont en quelque sorte les deux faces d'un même personnage, comme le sont les deux Charlie dans L'Ombre d'un doute. Et comme dans ce film, les répétitions, les appariements foisonnent : il y a deux épisodes de manège, deux filles à lunettes, deux pères symboles de la stabilité sociale (l'un dans le grand commerce, l'autre dans la politique).
 
L'échange lui-même se dédouble : dans le crime, plus prosaïquement ; mais aussi psychologiquement, dans l’influence de Bruno sur Guy. En amère-plan, l'homosexualité de Bruno tend à faire ressortir celle de Guy. Par ailleurs, l'instinct meurtrier du premier se diffuse petit à petit sur le second : Si Guy est innocent du meurtre de Miriam, Il ne l'est pourtant pas du désir de le commettre. Cet échange est d'autant plus compréhensible pour le spectateur qu'Hitchcock fait tout pour que l'on s'identifie autant à Bruno qu'à Guy. C'est à ce personnage que va sa préférence, comme il le confirmera à Truffaut. Le réalisateur joue avec nos émotions dans un va-et-vient de Bruno à Guy et de Guy à Bruno, jusqu'à nous transformer, en quelque sorte, en une balle de tennis dans l'échange entre les deux protagonistes.
Comme dans L'Ombre d'un doute, le diable hante le film. La barque qui amène Bruno jusqu'au lieu du crime s'appelle Pluton - dieu de l'Enfer. Le chien qui garde la maison des Anthony évoque un cerbère - gardien de l'Enfer ; la demeure est donc infernale, et Guy va y vivre une véritable descente aux enfers... 
 
Retour au parc d’attraction : Guy gagne son match et part immédiatement pour Metcalf. Les policiers qui le suivent décident de le laisser aller et contactent leurs collègues de Metcalf pour qu'ils poursuivent la filature sur place. Pendant ce temps, Bruno attend la nuit pour déposer le briquet qui accusera Guy.

Retour au parc d’attraction : Guy gagne son match et part immédiatement pour Metcalf. Les policiers qui le suivent décident de le laisser aller et contactent leurs collègues de Metcalf pour qu'ils poursuivent la filature sur place. Pendant ce temps, Bruno attend la nuit pour déposer le briquet qui accusera Guy.

Le manège s’emballe : Guy, toujours suivi par des policiers, rejoint la fête foraine de Metcalf. Il rattrape Bruno sur le manège qui, lorsque la police tue le machiniste, s'emballe et se met à tourner à toute vitesse. Le guichetier de l'île magique qui a reconnu Bruno l'accuse, mais la police croit qu'il s'agit de Guy.

Tout s’écroule : Sur le manège dément, Guy et Bruno s'affrontent. Un machiniste courageux se glisse sous le manège pour arrêter la machine, ce qui provoque son explosion. Guy est innocenté par le guichetier et par le fait que Bruno, mourant, laisse apparaître son briquet dans sa main.

Tout s’écroule : Sur le manège dément, Guy et Bruno s'affrontent. Un machiniste courageux se glisse sous le manège pour arrêter la machine, ce qui provoque son explosion. Guy est innocenté par le guichetier et par le fait que Bruno, mourant, laisse apparaître son briquet dans sa main.

6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock
6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock
Effets spéciaux : La fête foraine
 
L'image de L'Inconnu du Nord-Express est minutieusement travaillée dans un style qui n'est pas sans rappeler le cinéma expressionniste. Les effets visuels sont nombreux. Beaucoup ont demandé des moyens techniques spécifiques, souvent mis au point, si ce n'est inventés, pour les besoins du film.
Dans le domaine des effets spéciaux, les scènes les plus spectaculaires sont celles de la fête foraine, à commencer par le meurtre de Miriam. Après que Bruno lui eut demandé si elle s'appelait bien Miriam, la caméra s'éloigne pour nous montrer l'étranglement reflété dans les lunettes de la victime tombées à terre.
 
Autre épisode particulièrement élaboré en matière d'effets spéciaux, la scène finale sur le manège, quand Bruno et Guy s'affrontent sur la machine emballée qui finit par se briser dans une explosion, est tout à fait spectaculaire. Pour cette séquence, Hitchcock eut recours à plusieurs procédés : un manège réel, des transparences et une maquette. Les transparences nécessitant d'être filmées selon un angle et un rythme très précis, et la construction du film demandant de nombreux plans différents, le tournage de la scène fut particulièrement laborieux, comme en témoigna le réalisateur : « La principale difficulté dons cette scène, c'était les transparences, car il fallait les incliner différemment selon chaque prise de vues ; à chaque changement d'angle, il fallait incliner également le projecteur de la transparence, car nous avions beaucoup de prises de vues en contre-plongée et l'on perdait beaucoup de temps à aligner les bords du cadrage, dans le viseur de la caméra, avec les bords de la transparence. » A cela s'ajoutait la difficulté de la synchronisation, car le défilement des images projetées doit suivre rigoureusement le rythme des prises de vues.
 
Guy menacé d'être expulsé du manège en folie par la force centrifuge et la violence de Bruno ne risque rien d'autre... que d'atterrir sur l'écran où sont projetées les images tourbillonnantes du public !
1 - Les effets spéciaux d'Hitchcock servent autant à donner une touche particulière à l'image du film qu'à produire des scènes spectaculaires ou à seconder les capacités des acteurs. Ici, l'intérêt est purement visuel.
2 - Quelques éléments suffisent à rendre l'emballement du manège plus sensible : une soufflerie soulève les cheveux et les vêtements des figurants et agite quelques ballons judicieusement disposés ici et là.
3 - Pour accentuer l'impression de vitesse, certains plans sont accélérés. On remarque le trucage au mouvement anormalement rapide des figurants situés à l'extérieur du manège. Ce procédé vieux comme le cinéma s'avère toujours très efficace.
4 - Certains effets ne reposaient que sur le courage des exécutants. Il en résultait parfois de réels dangers, comme le rappela Hitchcock : « Ce que j'ai réalisé là me fait transpirer encore aujourd'hui. Le forain, le petit homme qui rampe sous le plateau du manège emballé, a réellement risqué sa vie. Si le type avait levé la tête de cinq millimètres, il aurait été tué et je ne me le serais jamais pardonné. Je ne referai plus jamais une scène de ce genre. »
5 - Pour l'explosion du manège, Hitchcock filma une maquette. Les plans obtenus furent ensuite agrandis et utilisés en transparence avec de réels figurants au premier plan. La vitesse du manège aidant, le trucage est quasiment invisible. 
6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock
Anonymat : Guy se retrouve avec Ann dans un train. Un homme d'église, qui fume la pipe et lit le journal, lui demande cordialement s'il n'est pas Guy Haines. Il s'apprête à lui répondre, quand, se ravisant, il se lève, entraînant Ann, et s'éloigne sans mot dire... On ne l'y reprendra pas une deuxième fois ! Anonymat : Guy se retrouve avec Ann dans un train. Un homme d'église, qui fume la pipe et lit le journal, lui demande cordialement s'il n'est pas Guy Haines. Il s'apprête à lui répondre, quand, se ravisant, il se lève, entraînant Ann, et s'éloigne sans mot dire... On ne l'y reprendra pas une deuxième fois !

Anonymat : Guy se retrouve avec Ann dans un train. Un homme d'église, qui fume la pipe et lit le journal, lui demande cordialement s'il n'est pas Guy Haines. Il s'apprête à lui répondre, quand, se ravisant, il se lève, entraînant Ann, et s'éloigne sans mot dire... On ne l'y reprendra pas une deuxième fois !

6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock
Les lois du suspense
 
Le principal point d'achoppement sur lequel buta Chandler en travaillant avec Hitchcock était le manque de cohérence et de réalisme de l'histoire que le réalisateur mettait au point sous ses yeux. Truffaut. sans partager l'agacement de Chandler, faisait le même constat lorsqu'il disait à Hitchcock : « Il y a souvent dans vos films, et particulièrement dans L'Inconnu du Nord-Express, non seulement des invraisemblances, non seulement des coïncidences, mais aussi une très grande part d'arbitraire, de choses injustifiées qui se transforment sur l'écran en autant de points forts par votre seule autorité et par une logique du spectacle tout à fait personnelle. » À cette remarque, le réalisateur répondait simplement : « Cette logique du spectacle, ce sont les lois du suspense. »
 
Paradoxalement, le manque de cohérence apparent de L'Inconnu du Nord Express constitue son point fort, Hitchcock joue avec nos émotions, et les émotions n'ont pas de logique rationnelle. Les invraisemblances dont parle Truffaut le sont peut-être d'un point de vue narratif, mais sûrement pas dans l'efficacité de l'effet qu'elles produisent.
 
Le résultat le confirma brillamment. Sorti en mars 1951, L'Inconnu du Nord-Express, malgré quelques plaintes de personnes outrées par les connotations sexuelles du film et son meurtre explicite, connut un immense succès public. Hitchcock avait gagné son pari et retrouvé la confiance du public et des studios. 
 
6 - STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) – Alfred Hitchcock (1951) – Farley Granger, Robert Walker, Ruth Roman – Patricia Hitchcock

Commenter cet article