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8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar

Publié le par Laurent Bigot

8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
À peine remis de la visite brève et inattendue de sa fille, M. Sénéchal voit arriver son fils Guy. Celui-ci ne perd pas son temps en démonstrations filiales. Il se prépare en toute hâte à filer vers l'Espagne. En effet, le héros des barricades n'est qu'un abominable petit gredin, qui a, pendant l'occupation, participé aux plus basses besognes policières contre des Français. Il sait qu'il a été démasqué et, s'il ne tient pas follement à sa peau, car il a conscience qu'elle ne vaut pas cher, il tient à garder une certaine dignité dans son abjection. Il tremble surtout de comparaître en accusé, en vaincu, devant ses anciennes victimes. Guy rafle au passage les dollars abandonnés par Malou, à la grande fureur de l'honnête M. Sénéchal. Suivi par son père qui court après son argent, Guy se rend au garage du chantier chercher de l'essence. Là, la discussion se poursuit, lamentablement sordide, chacun jetant son ignominie à la face de l’autre. Jean et Malou attirés par le bruit, entendent les voix affreuses des deux complices. Diego reconnaît soudain un rire et une voix... Le rire et la voix du traître qui le livra jadis, avec Raymond Lécuyer, à la torture ! Il se précipite et se dresse soudain en accusateur devant Guy. Celui-ci tire son revolver. La lutte s'engage entre les deux hommes et Guy reçoit, en même temps qu'une terrible correction, l'humiliation qu'il redoutait tant. D'autant plus que Raymond, qui allait prendre son service sur les voies a entendu les coups de revolver et entre à son tour dans le garage…
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Guy toutefois est un personnage trop dégoûtant pour que l’honnête Raymond ait même envie de se venger de lui. On le laissera vivre, avec sa honte d'avoir été battu et humilié devant sa sœur, que l’on découvre soudain. Raymond entraîne Diego et Malou loin de toute cette boue. Il ne reste plus à Guy que son revolver, qu'ivre de rage, de haine et de désespoir, il emporte avec lui au hasard de la nuit... Guy erre maintenant, lamentable au bord du canal... Un attroupement attire son attention. On repêche une noyée : la gitane tombée à l'eau ainsi que le lui avait prédit le clochard. Ce fait banal a attiré quelques curieux au bord de l'eau noire et glacée. Et parmi eux, Georges, le mari de Malou, qui la cherche toujours, et qui a eu horriblement peur en entendant parler de femme noyée... En apprenant que Georges cherche une femme qui s'appelle Malou, Guy se fait connaître et s'offre à le conduire jusqu'à elle. Georges accepte, malgré les avertissements du clochard qui lui conseille de n'en rien faire. Guy apprend à Georges que Malou est en ce moment même avec un inconnu, selon toute vraisemblance son amant. Unis dans l'humiliation et le malheur, Georges et Guy partent en voiture et comme l'homme est peut-être armé, Guy tend à Georges son revolver…
Le devis des Portes de la nuit devait être de cent vingt millions de francs. A l'époque, en 1946, un film coûtait de trente à quarante millions. C'est aux studios de Joinville que furent reconstitués le canal Saint-Martin et le quartier de Barbès avec la station de métro Barbès-Rochechouart. Le décor était long de quatre-vingt-cinq mètres. Six cents figurants pouvaient y tenir. Selon Marcel Carné, cela coûtait moins cher à la production que s'II avait fallu tourner son film sur les lieux réels. 
Ce décor de la station de métro Barbès-Rochechouart, dont la rélaisation est confiée à Alexandre Trauner, est reconstitué à Joinville et fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause du prix élevé de la facture globale. Dans La Vie à belles dents, Carné a justifié son choix en affirmant que dans la station réelle, le public, déjà trop dense pour permettre de tourner, aurait reconnu les comédiens et surtout que « tout plan d'ensemble sous un angle utile est impossible. » De nombreux journalistes sont alors invités par la production à assister aux dernières scènes du tournage et, pour se rendre au studio, on choisit de leur envoyer un plan de métro où sont inscrits les noms des comédiens.

 

Le choix d’Yves Montant a été proposé par le réalisateur Marcel Blistène (Etoile sans lumière) qui a servi d’intermédiaire : « Carné était complètement affolé par les défections de jean Gabin et Marlène Dietrich. Il m’a téléphoné pour me demander ce que valait le type qui débutait dans mon film. Je lui an ai dit le plus grand bien et je lui ai organisé une projection d’un montage, bout à bout, des scènes où Montand figurait. » Blistène assure que Carné a été tout de suite séduit et a pris sa décision de l’engager en quelques minutes.
Dans ses Mémoires, le réalisateur des Portes de la nuit  est moins catégorique sur la soudaineté de sa résolution. Il se rappelle mal si l’idée est d’abord née de Prévert ou de lui-même. Toujours est-il que Montand triomphait à l’Etoile et que ce triomphe s’est mis à lui courir dans la tête quand les relations avec Gabin ont commencé à se détériorer.
Carné tergiverse, puis se lance : «  La scène envisagée pour les essais étant une séquence jouée par les deux principaux interprètes, je commence à former les couples. J’hésite un instant, puis je réunis Montand et Nattier. Physiquement, ils se complètent assez bien. Dire que leu essai s’avère remarquable serait mentir. Malheureusement, j’avais vu juste, les autres postulants leur sont encore inférieurs… En tout cas, chacun s’accorde à le reconnaître. Jacques Prévert, qui les trouve « formidables », m’engage vivement à les retenir. Malgré cela, j’hésite. De l’hôtel Alsina, avenue Junot, où elle habite, Piaf continue à m’adresser des appels de plus en plus pressants… » Le jour même, le réalisateur répond positivement.
L’intrigue mélange réalisme et fantaisie onirique. Montand s’aperçoit vite que l’emploi qui lui a été alloué est celui du brave garçon, honnête et courageux, voué à souffrir de la méchanceté humaine et de la monstruosité du sort. Avec Reggiani, la petite crapule, le délateur, l’opposition est symétrique. Mais la brève rencontre amoureuse qui s’achève, au point du jour, sur un suicide et un meurtre, est encore épicée de licences poétiques assez lâches : Montand-Diego et Nattier-Malou sont censés avoir jadis gravé leur nom sur une pierre de l’île de Pâques. Passe pour un Gabin qui a plausiblement bourlingué… Mais le jeune chanteur de 25 ans aura du mal à imposer pareille vie antérieure.
 
8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
Jean Vilar est né à Sète en 1912. Fils de petits commerçants, il monte à Paris pour suivre des études de lettres. Attiré par le théâtre, il devient l’élève de Charles Dullin et, très vite, s’affirme comme metteur en scène de théâtre et créé sa propre troupe en 1943. Il s’impose comme un admirable comédien à la scène mais aussi au cinéma avec Les Portes de la nuit, et fonde le Festival d’Avignon en 1947. En 1951, il se voit confier la tâche de rénover le Théâtre nationale populaire. Il marque profondément le monde du théâtre, révèle Georges Wilson, Gérard Philippe et bien d’autres comédiens, et quitte le TNP en plein succès en 1963. Ses apparitions cinématographies sont rares. On le voit notamment dans Les Frères Bouquinquant (1947), Casabianca (1950), Till l’espiègle (1956), Raphaël ou le débauché (1970, Le Petit matin (1971).  Il décède à Sète, en 1971.
8 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
Pierre Brasseur est né le 22 décembre 1905, à Paris, de parents comédiens. Les études ne l’intéressent guère. Cancre, il devient la forte tête du régiment quand il effectue son service militaire. C’est à l’armée qu’il écrit sa première pièce, L’Ancre noire. Rendu à la vie civile, il décide de tenter sa chance comme comédien. Il fait des apparitions sur scène et se fait enfin remarquer en 1929 dans Le Sexe faible d’Edouard Bourdet. Les portes de la notoriété s’entrouvrent et il découvre le cinéma où il ne trouve guère de rôles lui permettant de mettre son talent en valeur au cours de ses trente premiers films. En 1938, Marcel Carné lui donne sa première vraie chance dans Quai des brumes. Il tourne dès lors sous la direction de Carné (Les Enfants du paradis, Les Portes de la nuit), Jean Grémillon (Lumière d’été), Pierre Prévert (Adieu Léonard), Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Georges Franju… Il mène sa carrière d’acteur au théâtre et au cinéma, donne plusieurs pièces et ses Mémoires, Ma vie en vrac. Il décède le 10 août 1972 à Brunico, en Italie, alors qu’il tourne La Plus belle soirée de ma vie d’Ettore Scola.

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