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9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar

Publié le par Laurent Bigot

9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
Cependant, dans un petit bistro, rendez-vous habituel des cheminots  où les a conduits Raymond avant de prendre son service, Diego et Malou font des projets d'avenir. Diego est prêt à sacrifier son seul bien, sa liberté, pour ne jamais quitter Malou, et Malou elle-même abandonnerai tout pour le suivre. Là-dessus, survient l'éternel clochard, qui reproche, à Diego d'être encore dans ce quartier où il n'aurait jamais dû venir… Cette fois, Diego exaspéré, jette brutalement à terre l'homme qui ne va pas se taire, et il quitte avec Malou cet endroit où, pour la dernière fois le Destin a tenté de se faire entendre. Maintenant, rien n'arrêtera le cours des choses. Georges, au volant de sa voiture aperçoit soudain dans la lumière des phares Diego et Malou enlacés... Georges arrête... Il appelle Malou et, complètement égaré, tente en vain de la reprendre. Mais elle s'éloigne de lui pour toujours, elle le quitte, elle retourne vers Diego qui l'attend... Affolé, Georges sort soudain le revolver que lui a donné Guy. Il tire sur la femme qui ne sera plus jamais à lui. Malou tombe en avant, dans les bras de Diego qui se précipite... Guy s'enfuit à toutes jambes. Que peut-il faire, parvenu au dernier degré de la honte ? Il erre, lamentable dans le quartier...
 
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Sous  le ciel qui pâlit, on le verra s'engager mécaniquement, à la manière d'un automate entre les rails d'une gare de triage près de la Porte d'Aubervilliers... Quelques instants plus tard, on retrouvera sur la voie son corps déchiqueté par un convoi dont le chef des manœuvres, par un détour de la destinée n'est autre que l'honnête Raymond Lécuyer... Pendant ce temps, Diego a mené vers l'hôpital Malou, qui n'a plus conscience que pour penser à son nouvel et magnifique amour... Trop tard. Les hommes, si savants soient-ils, ne peuvent plus rien pour Malou. Les blessures de la jeune femme sont de celles dont on ne guérit pas... Laissant là Georges, telle une loque effondrée, Diego s'en ira seul, chercher le métro du matin, le premier métro de l'aube triste et froide... Le métro autour duquel, avec le jour enfin revenu, la vie va reprendre, continuer comme hier et demain... La vie, avec sa foule, ses marchands furtifs et ses musiciens ambulants...
9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
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Le film sort aux cinémas Marignan et Marivaux le 3 décembre 1946. Mais alors que le public français a réservé un accueil formidable l'année précédente aux Enfants du paradis, cette opposition résistants-collaborateurs conduit à une impasse. En cette année 1946 « les gens ne pensent qu'à oublier ce cauchemar qu'ils ont vécu». Surtout, erreur importante, les dialogues n'ont pas changé et Montand doit dire un texte à l'origine prévu pour Gabin ! La critique s'engouffre dans la brèche. Françoise Giroud, François Chalais et Georges Altman (dans L’Écran français) reprocheront aussi cette double opposition résistants-collaborateurs et bourgeois-ouvriers, trop clairement exprimée à leurs yeux dans le film, Georges Sadoul écrit par exemple : « Avec son film le plus controversé. Marcel Carné donne l’œuvre la plus caractéristique d'une année où le cinéma français hésite à la croisée des chemins. Aux Portes de la nuit apparurent, sous des traits précis, collaborateurs, FFI, profiteurs de guerre, miliciens, antipathiques affairistes retour de Londres. Malgré la poétique désordonnée des Départ et des Ailleurs elle fut vigoureuse, la peinture des faubourgs parisiens et de logements exigus hantes par le souvenir des otages fusillés. Cette actualité déplut au public ».
9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
Henri Gérard ne craint pas non plus d'affirmer : «On pourrait faire au film de Carné de nombreux reproches. Il manque parfois de vie, souvent de spontanéité et de naturel. Certaines scènes, immobiles, bavardes, sont d'une longueur excessive, et nous avons déjà signalé ses conventions. Mais, pour ma part, je trouve que ces défauts pèsent peu en face des brillantes réussites. (...) Les Portes de la nuit sont à coup sûr, depuis la Libération, l’une des œuvres les plus intéressantes du cinéma français. L’Interprétation est, en général, excellente. Pourtant, Nathalie Nattier est une déception. On la nomme, à plusieurs reprises, "la plus belle femme du monde", ce qui est fort peu croyable. En outre, elle est froide et sans mystère en dépit d'une jolie voix. Yves Montand est souvent gauche, mais toujours franc et sympathique. Saturnin Fabre et Carette sont parfaits dans leurs sketches et Pierre Brasseur nous rappelle son talent dans un rôle désagréable. Le destin, c'est Jean Vilar. Il se montre à la fois inquiétant et précis. Mais la grande vedette du film sera probablement Serge Reggiani, qui traduit avec une extraordinaire vérité son rôle de petite canaille. Rien ne lui échappe de son personnage et il se conduit comme un remarquable comédien dans sa sobre expression de la lâcheté."
 
Et Jean Fayard de ne rien retenir de réellement positif : « (... ) Les bonnes âmes trouveront des circonstances atténuantes. Je veux bien reconnaître que la culpabilité de M. Carné n'est pas totale. Il a réussi avec l'aide de son opérateur, Agostini, un quart d'heure de cinéma assez impressionnant. Il s'agit de quelques vues nocturnes de ruelles faubouriennes et, surtout, du grand tableau de l'aube se levant sur un paysage ferroviaire. Là, on sent la patte d'un metteur en scène original, et même d'un peintre. Mais il a fallu avant d'en arriver là, subir une heure trois quarts d'une histoire insipide, généralement incompréhensible et d'une prodigieuse prétention. Le responsable de ce scénario est M. Prévert que d'aucuns appellent un poète et qui n'est, à tout prendre, qu'un littérateur de café-concert. (...) C'est sur cet abracadabrant mélange de mélo et de fausse poésie qu'on a engagé une dépense de cent millions. Le résultat est d'autant plus navrant que les protagonistes, Yves Montand et Nathalie Nattier, engagés au dernier moment pour à la défaillance de Jean Gabin et de Marlène Dietrich, jouent à colin-maillard dans les ténèbres poétiques dont on les enveloppe. On peut avoir une certaine indulgence pour Yves Montand, visiblement gêné par un accent qui n'a rien de parisien et qui est au moins un excellent chanteur de music-hall. (On s'est bien gardé de la faire chanter ici.) Mais Mlle Nattier témoigne d'une insuffisance vraiment tragique. Je ne crois pas que Gabin et Marlène eussent sauvé des rôles absurdes, mais ils leur auraient donné un peu de relief. Ce qui me choque, c'est que M. Prévert ne se soit pas donné la peine de modifier des répliques visiblement faites sur mesure pour ces deux acteurs, au moment où deux autres les remplaçaient. Il est vrai que M. Prévert est beaucoup plus économe de sa prose et de ses idées que de nos deniers, puisque son film est la seconde version d'un ballet qu’il a fait fait représenter. D'une pierre deux coups de... ballet. Le cinéma français a déjà commis et commettra – hélas ! - d'autres navets de cet acabit. Mais nous espérons n'en revoir jamais d'aussi prétentieux... ni d’aussi dispendieux. »
9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar
Prévert, muet jusque-là ne supporte plus ce type de commentaires. Il adresse au Figaro, qui vient d epublier un article signé Pierre Seize sur « Les Cent millions de Marcel Carné », une lettre dans laquelle il exprime ni plus ni moins…son désir d’abandonner le métier.
Pourtant ses dialogues n'ont rien à envier à ceux des précédents films du duo. Diego (Yves Montand) semble ici retrouver les accents du Quai des brumes : «Là-bas, c'est comme ici. Et partout, c'est pareil. Toujours la même histoire. Un grand souffle pour dire bonjour. Un petit mouchoir pour dire au revoir. » Plus prosaïque, Monsieur Sénéchal (Saturnin Fabre) rappelle les difficultés du monde extérieur : « Mon argent ! Mon argent ! Mais qu'est-ce vous avez tous avec mon argent ! Ma parole ! On croirait que vous oubliez que je ne suis qu'un modeste entrepreneur de démolitions. »  Suit Raymond Lécuyer (Raymond Bussières) rappelant les événements récents : « j'ai eu de la chance. Les Frisés nous emmenaient. Tarif habituel : douze balles "fivety". Et tout d'un coup "un miracle". Des anges qui tombent du ciel. L’inspecteur Constantini "et sa suite". Supplément d’information. » Sans oublier Monsieur Quinquina (Carette), pour lequel il n'y a « pas d'histoires, pas de grands mots, pas de vessies, pas de lanternes. "Une lampe, tout simplement". La lampe Liberator. Fabrication française, modèle américain. »
9 - LES PORTES DE LA NUIT – Marcel Carné (1946) – Yves Montand, Nathalie Nattier, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Jean Vilar

 

Malgré les reproches de manichéisme, ces Portes de ta nuit méritent mieux que le sort qui leur est fait. « Quel que soit le schématisme du tableau, (...) c'est là que se refont inlassablement les itinéraires nocturnes de la solidarité toujours nécessaire et de l'angoisse qu'on n'a pas encore désapprise entre le désert gelé des rues de février et les rares points chauds et lumineux toujours camouflés en vue d'éventuels raids aériens : le "restaurant du marché noir", l'appartement du père Sénéchal dont les fenêtres donnent sur le chantier de matériaux de démolition où du bois disparaît, l'appartement des Lécuyer, lieux de refuge contre l'hiver et contre la guerre pas encore finie, où la vie s'organise, on le voit au premier coup d'œil, autour du poêle à bois. » (Michel Pérez – Les films de Carné)

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