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2 - MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)

Publié le par Laurent Bigot

Le film devant se dérouler en décor unique, avec la totalité des (onze) acteurs présents dans la plupart des séquences, rien ne s'oppose à ce que le plan de tournage suive l'ordre du découpage, luxe rare au cinéma, apprécié notamment par les comédiens. Duvivier, à l'aide de figurines en carton représentant ses personnages, prépare et minute les déplacements des interprètes, les mouvements de caméra et les reporte sur des croquis. Tout est tellement précis que - autre fait rare - le tournage sera un peu plus court que prévu. 
JULIEN DUVIVIER « Le mal aimant du cinéma français » Vol 2 : 1940 – 1967 -  Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002
2 - MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)
Le décor dans lequel va se jouer le drame (œuvre de Georges Wakhevitch) représente l'intérieur d'une demeure cossue, s'inspirant du château de Morville. Afin de renforcer l'impression de huis clos, Duvivier tient à ce que le décor possède un plafond, qui doit apparaître dans de nombreux plans. Wakhevitch conçoit alors un plafond à caissons mobiles, qui permettront, en les poussant, de laisser passer des éclairages. De sérieuses contraintes sont donc imposées aux techniciens.
Pour le rôle de Marie-Octobre, Duvivier retrouve celle qui est désormais son actrice préférée, Danielle Darrieux. Autour d'elle, Bernard Blier, Serge Reggiani, Noël Roquevert, Paul Frankeur, Daniel Ivernel et Jeanne Fusier-Gir, qui ont déjà tourné sous la direction du cinéaste, côtoient Paul Meurisse, Paul Guers, Lino Ventura et Robert Dalban.
JULIEN DUVIVIER « Le mal aimant du cinéma français » Vol 2 : 1940 – 1967 -  Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002
2 - MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)
Si La Femme et le Pantin trouvait l'un de ses vagues prétextes dans une évocation du sort des Collaborateurs à la fin de la guerre, Marie-Octobre (1959) constitue quant à lui une sorte de diptyque avec Panique. Les héros de ce drame en chambre, où il s'agit, presque quinze ans après, de démasquer « en séance» le traître qui a vendu un réseau de résistance, tiennent plus des bourgeois pétainistes puis gaullistes de Untel père et fils (c'est du moins ainsi qu'on peut les imaginer) que de l'hagiographie française consacrée à la guerre, Le Père tranquille (1946) ou La Bataille du rail (1946) comme emblèmes.
Le film est pratiquement tourné dans un décor unique, et Duvivier en a travaillé la préparation un peu à la manière d'Hitchcock, répétant les mouvements de ses personnages avec de petites figurines, et réglant avec minutie leurs déplacements. Le procédé est brillamment appliqué, mais contribue à la froideur et à la dramaturgie un peu raide que nombre de critiques lui reprochent.
Duvivier n'organise pas sa mise en scène autour de plans larges. Sa caméra reste au contraire extrêmement mobile, accentuant les problèmes de cadrage : c'est du gros plan en mouvement, et les ensembles sont soigneusement pesés même si, un peu paradoxalement, ce souci de souplesse se retourne contre le film. En déplaçant caméra et protagonistes, la réalisation s'impose des architectures trop complexes pour ne pas entraîner une certaine rigidité, oblige à des précisions à la seconde et au millimètre, dans les comportements comme dans les dialogues. De plus, on dirait que Jeanson aussi a utilisé des figurines pour « composer », à la façon d'un chef d'orchestre, une bande-son avec des acteurs qui sont chacun dans une tonalité spécifique, y gagnant en éclat, en équilibre, y perdant parfois pesamment en psychologie, en crédibilité, en intérêt. 
Julien Duvivier, Cinquante ans de noirs destins – Yves Desrichard – Efitions BiFi/Durante 
 
2 - MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)
2 - MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)

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