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6 - A STAR IS BORN (Une Etoile est née) – George Cukor - 1954 – Judy Garland, James Mason

Publié le par Laurent Bigot

Norman Maine, célèbre acteur hollywoodien, fait la connaissance d'Esther Blodgett, la chanteuse de l'orchestre de Glen Williams. En état d'ébriété, il risque de causer un scandale au cours d'un gala de charité. Grâce à Esther, sa conduite inhabituelle semble faire partie d'un numéro prévu à l'avance. Norman revoit Esther et s'éprend d'elle. Il réussit à lui faire faire un bout d'essai et à la faire engager par son propre producteur, Oliver Niles. Esther devient alors Vicki Lester. Elle épouse Norman en refusant à la fureur de l'attaché de presse Matt Libby les fastes d'un grand mariage hollywoodien. Mais le studio rompt son contrat avec Norman dont les derniers films sont des échecs. Norman souffre d'être considéré comme le mari d'une vedette désormais célèbre et il boit de plus en plus. Le soir où Vicki reçoit l'Oscar de la meilleure interprétation féminine, il cause un véritable scandale en apparaissant ivre et en s'adressant au public. 
Face au public.
Comme le public l'avait jugée à travers l'imagination des metteurs en scènes, Garland décida de rencontrer le public. Il devra la juger sans le masque de mécanique de la technique cinématographique.
Ce n'était pas ses premières apparitions en public. Elle avait donné son premier concert au Robin Hood Dell de Philadelphie en 1943 ; mais c'est à partir de 1951 qu'elle consacrera la majeure partie de son talent à ce genre de spectacle.
Elle débute à nouveau en 1951 au London Palace qui lui demandait un récital depuis plusieurs années. Le public anglais lui fait une ovation. Elle reçoit 20.000 dollars par semaine. Cette somme remédie à ses problèmes financiers. Elle retourne aux Etats-Unis pour donner son récital au New York Palace Theater. Le succès est immense.
Jusqu'aux dernières années de sa vie, Judy Garland continuera ses concerts. Elle obtiendra un succès sans précédent au Palais de Chaillot de Paris, en 1960 et sera consacrée en 1961, lors de son récital au Carnegie Hall. Londres lui fera toujours un immense succès et c'est là qu'elle donnera en 1966, un récital avec sa fille Liza Minnelli ; cette dernière ayant suivi les traces de sa mère aux côtés de laquelle elle avait fait ses débuts cinématographiques dans In the Good old Summertime. Elle était alors âgée de trois ans !
C'est par ses concerts qu'il est possible de juger le style de chanteuse de Judy Garland. Si la voix est identique à celle que l'on peut entendre dans les films ou sur ses disques, le style est bien différent. Il y a dans cette voix une intensité communicative qui bouleverse le public. Pourtant. Garland ne chantait jamais «sur la sécurité ». Elle avait une technique impeccable, plaçant sa voix au niveau du diaphragme et jetant les mots avec fougue, bien qu'elle ne respectât pas toujours les phrases musicales. Il lui arrivait de chanter faux, et de tenir encore son public en haleine. Ce dernier la portait, lui permettait toutes les audaces et bien souvent ses récitals duraient une demi-heure de plus que prévu. Elle avait besoin de se donner au public pour que celui-ci lui donne des raisons de vivre. Elle devenait alors une force monstrueuse et sacrée que personne n'aurait pu détruire. En chantant, le visage inondé de lumières violentes, elle se projetait enfin dans ce pays merveilleux, derrière l’arc-en-ciel.
 
Le succès de ses concerts, ses apparitions à la télévision ne suffisaient pas à Garland. Elle voulait se montrer à tous, s'expliquer, se livrer pour ne plus être seule, car, quand le rideau de velours est tombé sur la scène, les compagnons du soir regagnent leur foyer et le monstre sacré retrouve la solitude. Certes, un culte Judy Garland était né, mais un culte, c'est bon pour les morts !
En 1952, elle se marie une troisième fois, avec Sidney Luft. Il lui donne deux enfants : Lorna (née en 1953) et Joseph Wiley (né en 1955). Il lui fera un troisième cadeau en produisant son plus beau film à la Warner Bros : A STAR IS BORN.
Ce film marque la rencontre de Judy avec le metteur en scène George Cukor. Ce dernier a la réputation d'être le meilleur directeur d'actrice hollywoodien.
Après quatre années d'absence, Judy retourne donc au studio pour s'y raconter. Quelques années auparavant, en 1942, elle avait enregistré cette histoire pour la radio.
Ce film permettait à Judy Garland d'affirmer sa nouvelle personnalité : chanteuse certes, mais surtout actrice de mélodrame, l'un des genres les plus épurés du cinéma américain. Hélas ! le film eut des problèmes plutôt graves. George Cukor déclarait à ce propos : « Ils l'ont désintégré ! Des morceaux entiers ont été coupés et perdus à  jamais... C'est dommage vraiment !... Le pire, c'est que le négatif a disparu, un désastre sans précédent (Film Culture). »
Pourtant, les lambeaux qui restent constituent un film admirable. Judy fut nommée pour l'oscar. Elle était persuadée de l'obtenir, mais cette année-là ce fut Grace Kelly qui obtint la statuette d'or pour son interprétation d'A Country girl. Ce fut une cruelle déception pour elle.
Le film avait coûté 6.000.000 de dollars. Le scénario se rapprochait de la biographie de Judy («  Le personnage de Norman Maine, signale Charles Bitsch dans le numéro 48 des "Cahiers du Cinéma" est proche de celui de Judy Garland ») et la seule récompense de ce film fut un important succès critique. Bitsch écrivit : « Cette actrice trop ignorée joue aussi bien qu'elle chante, à la limite de « la cassure. »
Pour les critiques, elle était devenue une véritable comédienne. Mais le film était trop sublime pour qu'elle puisse recommencer une carrière ordinaire dans le septième art.
Cette cassure, qu'évoquait le critique, était toujours présente dans sa vie privée. En 1956, elle se sépare de Sidney Luft ; il avait essayé de l'aider le plus possible, il lui avait donné tout ce qu'une femme pouvait demander à un homme, mais le drame avait déjà envahi la vie et le corps de Judy Garland. L'opinion publique est alertée ; des rumeurs courent autour de la star. On la soupçonne de s'adonner à la drogue, à l'alcool. Garland a perdu tout équilibre nerveux. Elle commet de nouvelles tentatives de suicide. Parfois, dans un réflexe de défense, elle attaque les responsables de certaines rumeurs. C'est ainsi qu'une rédactrice du «New York Heral Tribune », Marie Torre, se retrouvera en prison pour dix jours, accusée de diffamation.
Mais Judy elle-même va connaître des démêlés avec la justice. Plusieurs des cabarets qui l'emploieront iront porter plainte pour rupture de contrat. La fin des années cinquante sera une période noire pour Judy.
Le personnage de Lester était devenu son mythe de la femme-spectacle qu'elle aurait aimé être. La réalité était beaucoup plus sordide. Ses tentatives désespérées d'y échapper échoueront lamentablement. Le culte qu'on lui vouait ne suffira pas à la consoler.
Elle n'envisageait plus de carrière cinématographique.
C'est une seconde légende qui s'était emparée d'elle. Elle n'était plus l'héroïne-enfant du Magicien d’Oz, mais celle d'Une Etoile est née
Noël Simsolo - Judy Garland - Anthologie du cinéma - (57) juillet 1970
6 - A STAR IS BORN (Une Etoile est née) – George Cukor - 1954 – Judy Garland, James Mason

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