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MARCEL DALIO

Publié le par Laurent Bigot

MARCEL DALIO
Marcel Dalio est né le 23 septembre 1899 à Paris, d'une famille israélite roumaine et mort à Paris le 20 novembre 1983. Cet acteur typique mais discret et d'un grand talent a fait ses premières armes au Conservatoire de Paris (en 1916) puis dans les revues, au cabaret et au music-hall. Il vient au cinéma avec le «parlant» en 1933, dans le registre de la comédie (MON CHAPEAU, TURANDOT, LES AFFAIRES PUBLIQUES, CARGAISON BLANCHE). Son premier grand rôle lui est offert par Julien Duvivier dans PÉPÉ LE MOKO (1935), alors que l'acteur venait de créer au théâtre Les temps difficiles, d'Edouard Bourdet, avec un grand succès personnel. Son rôle, antipathique, de PÉPÉ LE MOKO était conçu selon les canons de la xénophobie et du colonialisme auxquels les films de Duvivier apportaient à cette époque un certain aliment. Dalio eut l'année suivante une superbe consolation avec LA GRANDE ILLUSION, de Jean Renoir (1936), où il jouait le rôle du Juif de bonne famille qui réussit à s'évader avec Jean Gabin (rôle que la censure allemande fit supprimer intégralement - en taillant purement et simplement dans la pellicule - quand, quatre ans plus tard, les distributeurs du film tentèrent de poursuivre l'exploitation de celui-ci dans la France occupée. Mais à ce moment-là, Dalio s'était réfugié à Hollywood).
 
Jean Gabin et Marcel Dalio dans Pépé le Moko de Julien Duvivier (1935)

Jean Gabin et Marcel Dalio dans Pépé le Moko de Julien Duvivier (1935)

Désormais, il tourne beaucoup et devient l'un des acteurs les plus populaires du cinéma français. On le voit dans des films aussi divers que CHÉRI-BIBI, de Léon Mathot (1937) ; MOLLENARD, de R. Siodmak (1938), ou ENTRÉE DES ARTISTES, de Marc Allégret. Il fait encore deux créations remarquables, dans LA MAISON DU MALTAIS, de Pierre Chenal (1938), et dans LA RÈGLE DU JEU, de Renoir (cette dernière est inoubliable, dans le rôle de l'élégant et libertin Robert de La Chesnaye.
Simone Signoret et Marcel Dalio dans Dédée d'Anvers de'Yves Allègret (19147)

Simone Signoret et Marcel Dalio dans Dédée d'Anvers de'Yves Allègret (19147)

En 1940, Dalio embarque pour le Canada et y fait un peu de théâtre, puis Il va à Hollywood. Là, sa qualité de Français et son mauvais accent américain le relèguent dans des rôles très secondaires, qu'il joue d'ailleurs avec conscience (SHANGHAI GESTURE, de Joseph von Sternberg, THE SONG OF BERNADETTE d'Henry King, JOAN OF PARIS, le rôle épisodique de Clemenceau dans un film sur WILSON). Etant à Hollywood, il a la douleur d'apprendre que ses vieux parents demeurés à Paris ont été arrêtés et acheminés vers un camp d'extermination. C'est sans doute la raison pour laquelle, quand la tourmente est passée, il montre peu de goût pour l'Europe. Il revient en France, cependant, et y interprète des films, mais désormais son port d'attache principal est aux U.S.A. Et il se voit plus que jamais confiné dans les rôles, comme il le dit lui-même pour le regretter «de fous, de demi-fous, de quart-de-fous, d'escrocs et de sadiques, de lâches et de salauds». Dans cette seconde partie de sa carrière il n'a pas eu la chance de retrouver un Jean Renoir. On l'a vu, depuis 1945, dans beaucoup de films :
LES MAUDITS, de René Clément (1946) ; DÉDÉE D'ANVERS, d'Yves Allègret (1947) ; LES AMANTS DE VÉRONE, d'A. Cayatte (1948) ; GENTLEMEN PREFER BLONDES, d'Howard Hawks (1953) : SABRINA, de Billy Wilder (1954) ; RAZZIA SUR LA CHNOUF, d'Henri Decoin (1954) ;CHINA GATE, de S. Fuller (1954) ; THE SUN ALSO RISES (Le Soleil se lève aussi, de H. King, 1957) ; THE PERFECT FURLOUGH (Vacances à Paris, de Blake Edwards, 1958) ; PILLOW TALK (Confidences sur l'oreiller, de M. Gordon, 1959) ; CLASSE TOUS RISQUES (Cl. Sautet, 1959) ; SONG WITHOUT END (Le Bal des adieux, de C. Vidor et G. Cukor, 1960) ; LE PETIT GARÇON ET L'ASCENSEUR (de P. Granier-Deferre, 1961) ; DONOVAN'S REEF (La Taverne de l'Irlandais, de J. Ford, 1962) ; CARTOUCHE (de Ph. de Broca, 1962) ; THE LIST OF ADRIAN MESSENGER (Le Dernier de la liste, de J. Huston, 1963) ; UN MONSIEUR DE COMPAGNIE (de Ph. de Broca, 1964) ; LADY L. (de P. Ustinov, 1965) ; HOW TO STEEL A MILLION (Comment voler un million de dollars, de W. Wyler, 1966) ; L'AMOUR C'EST GAI, L'AMOUR C'EST TRISTE (de D. Pollet. 1968) ; THE GREAT WHITE HOPE (L'Insurgé, de Martin Ritt. 1970) ; PAPA LES PETITS BATEAUX (de Nelly Kaplan, 1971) ; LES AVENTURES DE RABBI JACOB (de G. Oury, 1973) ; LA BETE de W. Borowczyk, 1975) ; L’AILE OU LA CUISSE (de Cl. Zidi, 1976) ; LA COMMUNION SOLENNELLE (de R. Feret, 1977).
 
Humphrey Bogart, Lauren Bacall et Marcel Dalio dans Le Port de l'angoisse d'Howard Hawks (1947)

Humphrey Bogart, Lauren Bacall et Marcel Dalio dans Le Port de l'angoisse d'Howard Hawks (1947)

Maurice Chevalier dans ses «Souvenirs» a fait de Dalio ce portrait qui mérite d'être retenu :
L’humble et bon Dalio : «Marcel Dalio, comédien parisien ayant déjà à son actif en France une série de performances mémorables (LA GRANDE ILLUSION entre autres), partit en Amérique au début de l'Occupation. Ses vieux parents, israélites, restèrent cachés quelque part à Paris. Lui, végéta à Hollywood et parvint à survivre à travers de petits et moyens rôles de Français. Intelligent, cultivé, talentueux et aimable. On l'invita là-bas. On l'oublia en France. La concierge de la maison de Paris où sa vieille mère vivait dans une mansarde la dénonça à la Gestapo. Elle fut enlevée un matin. Son père lui-même, qui se cachait ailleurs, fut pris. Marcel Dalio ne les revît jamais, n'entendit plus rien d'eux. Nettoyés du monde comme par une éponge. Marcel Dalio est petit et s'en blague lui-même. Il dit que, de ce fait, il a toujours tendance à exagérer son jeu pour s'imposer davantage. Les femmes l'ont bafoué, exploité, escroqué. Il est seul, humble, dénué de méchanceté, sans trace de haine. Il est un des camarades les plus touchants, les plus intéressants que j'aie rencontrés».
Marcel Dalio a lui-même publié un livre de souvenirs ; même si ces derniers ne le sont pas toujours, le récit est, lui, plaisamment bourré d'humour. 
Marcel Dalio dans Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973)

Marcel Dalio dans Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973)

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