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Gene Tierney

Publié le par Laurent Bigot

Gene Tierney
Le nom de Gene Tierney et celui d'Otto Preminger sont étroitement associés. Elle est (avec Linda Darnell, mais les rôles de celle-ci furent moins intéressants), l'actrice à qui le cinéaste a recouru le plus volontiers et le plus souvent : quatre films ensemble. Et c'est avec ce dernier qu'elle a le plus collaboré, devant à Preminger quelques-uns de ses plus beaux rôles, même si on n'oublie pas ce qu'elle a fait avec des réalisateurs de l'envergure de Fritz Lang, Sternberg, Lubitsch ou Mankiewicz. Cela est tellement vrai qu'on croit souvent que sa carrière commence avec Laura (1944), alors qu'il s'agit de son douzième film. Mais pour elle, comme pour Preminger, ce fut bien le vrai départ pour la gloire. C'est à l'âge de vingt ans (elle est née en 1920 à New York) que Gene Tiernev débute à l'écran avec un fameux western de Fritz Lang, Le Retour de Frank James (The Return of Frank James, 1940), où elle est la partenaire de Henry Fonda. En 1941, elle tourne quatre films dont La Route du tabac (Tobacco Road) de John Ford et surtout Shanghai (The Shanghai Gesture) de Joseph von Sternberg. Elle y fait sa première grande création, dans un personnage de fille déchue, égarée dans un tripot chinois, qu'elle sait rendre bouleversant. Après ce chef-d'œuvre, on note une réussite bien différente, une exquise comédie fantastique de Lubitsch, Le ciel peut attendre (Heaven Can Wait, 1943). Puis c'est, en 1944, la rencontre avec Preminger et leur triomphe commun, Laura, film noir à l'ambiance quasi onirique, où certaines apparitions de Gene Tierney, filmée avec dévotion par le cinéaste, sont proprement sublimes. Tous deux se retrouveront en 1949 pour Le Mystérieux Dr Korvo (Whirlpool), moins connu mais aussi réussi que Laura, où Gene Tierney est encore admirable en kleptomane aux prises avec un charlatan, puis, en 1950, pour Mark Dixon détective (Where the Sidewalk Ends), autre classique du film noir. Ces trois films constituent l'essentiel de la collaboration Preminger- Tierney.
 
Gene Tierney
Dans l'intervalle, l'actrice a fait quelques autres créations mémorables, comme dans Péché mortel (Leave Her to Heaven, 1946), flamboyant mélodrame de John Stahl et surtout deux films de Joseph Mankiewicz, Le Château du dragon (Dragonwyck, 1946) et plus encore, L'Aventure de Mme Muir (The Ghost and Mrs. Muir, 1947), son meilleur film avec ceux de Preminger. Jusqu'en 1955, les bons rôles ne vont pas lui manquer, et sa filmographie est une des plus séduisantes que puisse rêver un cinéphile : Les Forbans de la nuit (Night and the City, 1950) de Jules Dassin, Le Gaucho (Way of a Gaucho, 1952) de Jacques Tourneur, etc. En 1955, la carrière de Gene Tierney subit un coup d'arrêt fatal, imputable aux effets d'une vie privée agitée, dont les épisodes marquants furent un mariage manqué avec Oleg Cassini, célèbre dessinateur de mode new-yorkais, la naissance d'une enfant retardée, deux romances tumultueuses avec Ali Khan et John F. Kennedy, futur président des Etats-Unis... Ensuite ce fut le cycle classique des dépressions nerveuses, des séjours en clinique psychiatrique, sans parler de quelques faits divers qui vont défrayer la chronique. En 1962, on la croit guérie et Preminger (toujours lui) lui fournit l'occasion d'un superbe retour dans Tempête à Washington (Advise and Consent) ; elle est toujours aussi belle, à peine marquée par les ans et meilleure actrice que jamais. Mais cette rentrée sera sans lendemain, et après deux films insignifiants, Gene Tierney dit un adieu définitif au cinéma en 1964. Tant d'années après, les cinéphiles n'ont pas oublié la créatrice de Laura et de Lucy Muir, « l'étrange fascination se dégageant de son visage, cette allure à la fois meurtrie et mystérieuse, déchirée et distante» (Bertrand Tavernier). Au Panthéon du septième art, Gene Tierney a sa place inscrite et personne ne peut prétendre la lui disputer. 
Gene Tierney

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