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GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux

Publié le par Laurent Bigot

GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux
Si Golgotha est aujourd'hui souvent considéré - hâtivement - comme une curiosité kitsch ou une imagerie "tout cul-cul" pour reprendre l'expression de son principal interprète, Robert Le Vigan, son tournage fut, pour la saison 1934- 1935, la "grande affaire" du cinéma français, ce que l'on appelait alors "un effort considérable du cinéma". Le sujet (la Passion du Christ), les décors monumentaux élevés en Algérie, l'importante figuration ainsi que les anecdotes annexes - polémiques diverses, duel évité de justesse - en ont fait une véritable aventure dans laquelle Duvivier s'est lancé avec une énergie rare.
Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002
GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux
Amitiés
Gabin l'a souvent raconté : c'est avant tout parce que Julien Duvivier tenait absolument à le faire jouer dans Golgotha qu'il a fini par accepter un rôle pour lequel il ne s'estimait pas fait. Cela se passait en 1934, et c'était peut-être la première fois que l'amitié éprouvée pour un réalisateur pesait son poids dans une décision professionnelle - mais ça n'était assurément pas la dernière. Toute sa vie, Gabin aura en effet à cœur de travailler avec des cinéastes dont il se sent proche, et qu'il fréquente souvent en dehors des plateaux. Il tournera ainsi sept films avec Duvivier, quatre avec Jean Renoir, quatre avec Marcel Carné, cinq avec Henri Verneuil, et battra son record de fidélité en tournant douze films avec Gilles Grangier ! Bien sûr, l'acteur a aussi œuvré sous la direction de réalisateurs avec qui il n'entretenait pas d'affinités particulières. Mais chaque fois qu'il l'a pu, Gabin a fait en sorte de travailler avec de vieux complices. Outre les metteurs en scène, on connaît la longue collaboration entretenue avec le scénariste Michel Audiard, le chef-opérateur louis Page et, plus encore, son habilleuse, la fidèle Micheline. Homme de clan et de parole, Gabin a également donné un coup de pouce à des amis comédiens qui avaient besoin de travailler, ou à des débutants qui peinaient à se faire un nom, comme Lino Ventura. Une manière de faire sienne une expression qui, pour lui, n'était pas vide de sens: celle de cc famille de cinéma...
Collection Gabin -  Eric Quéméré – 2005
Tourné dans une Algérie aux airs de Palestine, le film de Julien Duvivier tente de retracer avec un certain réalisme les derniers jours du Christ. L'occasion pour Gabin d'une prestation inattendue, en consul romain dominé par une épouse ambitieuse.

Tourné dans une Algérie aux airs de Palestine, le film de Julien Duvivier tente de retracer avec un certain réalisme les derniers jours du Christ. L'occasion pour Gabin d'une prestation inattendue, en consul romain dominé par une épouse ambitieuse.

En 1934, Julien Duvivier reçoit une proposition quelque peu surprenante. Un chanoine du nom de Joseph Reymond, qui a tiré un scénario de la Passion du Christ, souhaiterait que le cinéaste en assure la mise en scène... Il est vrai que Duvivier s'est illustré dans les années 20 avec des œuvres d'inspiration religieuse. Entre-temps, le réalisateur a pris ses distances avec ce type de films, mais il s'agit cette fois d'un projet beaucoup plus ambitieux, à la fois par son sujet et par les moyens importants qu'il nécessite. Duvivier accepte donc de relever le défi, tandis que le chanoine Reymond entreprend de collecter les fonds pour produire cette « superproduction biblique », Une société, lchtys Films, est créée, et une souscription lancée dans les milieux catholiques. Parallèlement, Duvivier et Reymond retravaillent le scénario afin de le rendre aussi vivant que possible. Car, comme le chanoine le déclare à Paris-Soir, Golgotha ne doit pas être « un film de patronage, mais un vrai film public ». 
Collection Gabin -  Eric Quéméré – 2005
Contre-emploi
Pour ce qui est de la distribution, le choix le plus important concerne évidemment l'acteur devant jouer le Christ. Duvivier souhaite d'abord faire appel à un inconnu, mais ne parvenant pas à trouver la perle rare, il arrête son choix sur Robert Le Vigan. La manière dont le comédien va s'engager corps et âme dans son rôle est restée célèbre : afin de rendre son visage plus ascétique, il n'hésitera pas à se faire arracher des dents, et aura tendance à « rester dans le personnage» même en dehors du plateau... Bien différente sera l'attitude de l'acteur choisi pour jouer Ponce Pilate. Gabin, en effet, ne se voyait pas du tout dans le rôle, et c'est uniquement pour faire plaisir à son copain« Dudu» qu'il a fini par l'accepter. Comme il l’expliquera à André Brunelin : « On ne pouvait pas dire que la petite jupette romaine m'allait comme un gant. Les cothurnes me faisaient mal et je me tordais les chevilles en marchant. Et si mon rôle, à la mesure de mes cheveux, était court, je me disais qu'il serait quand même assez long pour qu'on s'aperçoive que j'avais l'air con attifé comme ça ». 
Collection Gabin -  Eric Quéméré – 2005
GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux
Chemin de croix
Après moult rebondissements, qui voient notamment Lucas Gridoux remplacer Charles Vanel dans le rôle de Judas, le casting de Golgotha est enfin bouclé - entre autres avec Edwige Feuillère dans le rôle de l'épouse de Ponce Pilate, ce qui vaudra à l'actrice d'être désormais surnommée « Mame Ponce» par Gabin ... Duvivier décide par ailleurs de tourner les extérieurs du film en Algérie et non en Palestine, jugeant que les lieux traversés par le Christ ont trop changé, et qu'il sera plus commode de travailler dans une colonie française. C'est donc près d'Alger que Jean Perrier élève bientôt des décors grandioses, dont certains atteignent 37 mètres de hauteur. Au début du tournage, 4 000 figurants sont recrutés en vue des nombreuses scènes de foule, pour lesquelles l'équipe devra tenir compte du Ramadan. Quant à la séquence du Chemin de Croix, Duvivier choisit de la tourner dans la Casbah d'Alger, ce qui ne manque pas de créer certaines complications. Mais le plus pénible, à en croire Gabin, sera « le froid étonnamment glacial» qui règne alors : «Je me les suis gelées dans ma petite tenue romaine et le pauvre Le Vigan sur sa croix était vert. Pour un peu, il en serait mort lui aussi... mais de froid! ». 
Collection Gabin -  Eric Quéméré – 2005
 
GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux
GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux
Polémiques
Après toutes ces difficultés, Duvivier apprécie de rentrer à Paris, où il s'apprête à tourner tranquillement les scènes d'intérieurs aux studios de Billancourt. Mais un nouveau problème surgit alors : scandalisée par les sommes investies dans ce film « de propagande » et jugeant colonialistes les méthodes de tournage en Algérie, une partie de la presse se déchaîne contre le film, avant même sa sortie. Le plus virulent des journalistes étant un certain Henri Jeanson qui, dans "Le Canard enchaîné", qualifie déjà le film de « navet Maria ». Mais lors de son lancement en avril 1935, d'autres journaux diront au contraire leur admiration pour Golgotha, et le film connaîtra un grand succès en salles. 
 
GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935) – Robert Le Vigan, Jean Gabin, Edwige Feuillère, Harry Baur, Lucas Gridoux

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Urgo 01/06/2016 19:59

Robert Le Vigan était un personnage faisant toujours preuve de démesure, dans beaucoup de ses films. Il avait un côté fascinant, qui confinait parfois à la folie. Il fut manipulé par son copain Louis-Ferdinand Céline, qui le poussa à faire de la propagande antisémite, sur les ondes de Radio-Paris. Curieusement Céline s'en sorti relativement bien après-guerre, alors que Le Vigan dut s'exiler en Amérique du Sud.