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Joseph L. Mankiewicz

Publié le par Laurent Bigot

Joseph L. Mankiewicz

Joseph L. Mankiewicz

Frère cadet du célèbre scénariste Herman J. Mankiewicz (Citizen Kane, 1940), Joseph Leo Mankiewicz est né en 1909 en Pennsylvanie. Après un bref passage dans le journalisme, à Berlin en 1928, il put débuter assez facilement à Hollywood, où son frère était alors scénariste à la Paramount. Il commença par rédiger des intertitres pour des versions muettes de films parlants, ceux-ci ne pouvant passer dans nombre de salles qui n'étaient pas encore équipées pour le son. A partir de 1930, Joseph Mankiewicz écrivit quelques dialogues, notamment pour des films comiques interprétés par Jack Oakie, qui fut quelque temps vedette, avant de faire une longue carrière de second rôle amusant.
 
Joseph L. Mankiewicz

Joseph L. Mankiewicz

Scénariste et producteur
Peu après, le dialoguiste occasionnel, devenait scénariste complet, fonction qu'il tint avec un brio croissant jusqu'à 1935. De cette première période, plusieurs titres méritent d'être retenus, notamment Million Dollars Legs (1932) d'Eddie Cline, qui fut un des plus grands succès de W.C. Fields, Alice au pays des merveilles (Alice in Wonderland, 1933) de Norman McLeod ou Vivre sa vie (I Live My Life, 1935) de W.S. Van Dyke, sans oublier les dialogues d'un chef-d'œuvre de King Vidor, Notre pain quotidien (Our Daily Bread, 1934). Pour ses débuts de scénariste à la MGM, en 1934, Mankiewicz commence par un coup de maître avec Un drame à Manhattan (Manhattan Melodroma) de Van Dyke qui décroche l'Oscar du meilleur scénario. En 1936, à peine âgé de vingt-sept ans, il devient producteur à la MGM et se voit confier tout de suite les plus importantes productions. La première : Furie (Fury, 1936) de Fritz Lang, avec Spencer Tracy et Sylvia Sidney. Suivront, jusqu'en 1942, près d'une vingtaine de films, parmi lesquels d'intéressantes réalisations de Clarence Brown, Van Dyke, Cukor (Indiscrétions Philadelphia Story, 1940) et surtout de Frank Borzage : Mannequin (Mannequin, 1938), Trois Camarades (Three Comrades, 1938) et Le Cargo maudit (Strange Cargo, 1940).
La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas - 1982
Escape (1948, inédit en France) - Peggy Cummins et Mankiewicz

Escape (1948, inédit en France) - Peggy Cummins et Mankiewicz

Apprentissage et Oscar
En 1943, il quitte la Metro pour passer à la Fox. Il y produit d'abord un film de John Stahl, un grand succès, Les Clés du royaume (The Keys of the Kingdom, 1943) d'après le roman de Cronin, qui impose Gregory Peck en vedette. Puis, en 1946, il réalise enfin sa première mise en scène, avec un film produit par Ernst Lubitsch, Le Château du dragon (Dragonwyck), dont il écrit lui-même le scénario. La façon dont il dirige Gene Tierney montre déjà quel grand directeur d'actrices sera Mankiewicz. Ce premier film et les quatre suivants constituent un peu ses années d'apprentissage de réalisateur. Des quatre films tournés en 1946- 1948, The Late George Apley (1946, inédit en France), L'Aventure de Mme Muir (The Ghost and Mrs. Muir, 1947), Quelque part dans la nuit (Somewhere in the Night, 1947) et Escape (1948, inédit en France), le meilleur est certainement L'Aventure de Mme Muir, délicieuse histoire de fantôme, où il retrouvait Gene Tierney, entre George Sanders et Rex Harrison qui deviendra un de ses interprètes favoris. En 1948, Mankiewicz connaît son premier grand succès, comme metteur en scène, avec Chaînes conjugales (A Letter to Three Wives), pour lequel il obtient à la fois l'Oscar du meilleur scénario et celui de la meilleure mise en scène. En France, le film retient l'attention de la critique, mais ne connaît qu'un succès d'estime. Le suivant, La Maison des étrangers (House of Strangers, 1949), qui traitait des relations entre père et fils, sujet auquel Mankiewicz tenait, fut partout un échec, en dépit d'une remarquable interprétation d'Edward G. Robinson et d'un prix à Cannes en 1949, pour ce dernier.
La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas - 1982
Jules César (Julius Caesar, 1953)

Jules César (Julius Caesar, 1953)

La porte s'ouvre (No Way Out, 1950)

La porte s'ouvre (No Way Out, 1950)

Eve, Cicéron... et César
La revanche allait venir l'année suivante, non pas avec l'intéressant La porte s'ouvre (No Way Out, 1950), bien enlevé par un remarquable trio d'acteurs (Richard Widmark, Linda Darnell, Sidney Poitier), mais avec ce qui reste un des films les plus célèbres de son auteur, Eve (All About Eve, 1950). Cette fois, ce fut un triomphe mondial que vint de nouveau sanctionner un double Oscar (mise en scène et scénario). Sur un scénario partiellement original de Mankiewicz lui-même, il s'agissait d'une remarquable description des milieux de théâtre newyorkais et d'une impitoyable peinture de caractère féminin, celui d'une ambitieuse avide de succès et dépourvue de scrupule. Cette œuvre sur le théâtre bénéficiait d'une interprétation exceptionnelle avec Anne Baxter (Eve), Bette Davis et George Sanders. A leurs côtés, on remarquait dans un petit rôle, une débutante qui douze ans plus tard serait morte et immortelle, Marilyn Monroe. Aujourd'hui encore, ce film reste un des chefs-d'œuvre de Mankiewicz. Après l'injustement méconnu On murmure dans la ville, parfois aussi intitulé Docteur Miracle (People Will Talk, 1951), dans lequel Cary Grant incarnait un étonnant docteur Praetorius, nouveau grand succès pour le cinéaste avec L'Affaire Cicéron (Five Fingers, 1952), le seul chef-d’œuvre du film d'espionnage, ainsi que l'a qualifié Bertrand Tavernier. Il faut dire que cet épisode authentique de la dernière guerre mondiale a l'air inventé par le plus imaginatif et le plus débridé des romanciers du genre. L'atmosphère d'Ankara pendant la guerre, avec ses complots d'ambassade dont Von Papen, ambassadeur allemand, croit tirer les ficelles alors qu'il se fait manœuvrer par plus fort que lui, a particulièrement bien Inspiré Mankiewicz dont la mise en scène ne fut jamais si nerveuse et efficace. La maîtrise du récit est absolue, jusqu'à l'éclat de rire final par lequel cette histoire absurde et vraie se résout dans un climat d'humour noir que le meilleur Huston n'a jamais égalé.
Après Cicéron, César... Il s'agit bien, cette fois, d'une histoire romaine, avec l'adaptation du chef-d'œuvre de Shakespeare, Jules César (Julius Caesar, 1953). Il suffit de dire que de tous les films inspirés par Shakespeare (et ils sont innombrables) celui-ci reste, avec ceux de Welles, un des meilleurs, grâce à des interprètes exceptionnels, de Marlon Brando (Marc Antoine), à John Gielgud (Cassius) et de James Mason (Brutus) à Louis Calhern (César). Et puis, dès qu'il s'agit de théâtre, Mankiewicz se retrouve à son affaire. On remarque que le film est produit par John Houseman qui avait vécu en 1937 l'aventure du « jules César » monté en chemises brunes par Orson Welles au Mercury Theatre.
La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas - 1982
Blanches Colombes et vilains messieurs (Guys and Dolls, 1955)

Blanches Colombes et vilains messieurs (Guys and Dolls, 1955)

La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa)

La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa)

Tous amoureux de la comtesse !
Mankiewicz, la même année, redevient son propre producteur et fonde la Figaro Inc., compagnie qui produit en 1954 La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa). De Truffaut à Chabrol et Domarchi, toute une génération de cinéphiles fut amoureuse de la fameuse comtesse, et de sa superbe interprète, une Ava Gardner éblouissante, autant que dans Pandora (Pandora and the Flying Dutchman, 1951), et dans un film d'une tout autre qualité. Nulle œuvre, sans doute, n'a fait plus que celle-là pour la réputation de Mankiewicz, auteur complet de cette belle histoire qu'il a su raconter avec la maîtrise incomparable qui est dorénavant la sienne. Fourvoyée par mégarde dans la comédie musicale, avec Blanches Colombes et vilains messieurs (Guys and Dolls, 1955), cette maîtrise nous vaudra sans tarder un nouveau chef-d'œuvre, avec Un Américain bien tranquille (The Quiet American, 1957), d'après Graham Greene. Ce film sur la guerre du Viêt-nam (déjà) frappe par son intelligence extraordinaire et sa rigueur, et, sur le plan de la réalité des choses, il laisse loin derrière lui ceux de Coppola et de Cimino. En quelques plans limpides, Mankiewicz nous montre le Saigon de la guerre, comme nous ne le reverrons jamais, et son art est ici à son sommet.
La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas - 1982
Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963)
Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963)
Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963)
Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963)

Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963)

Soudain… Cléopâtre
Retour au théâtre avec Soudain l'été dernier (Suddenly, Last Summer, 1959), pièce tarabiscotée comme toutes celles de Tennessee Williams, mais dont Mankiewicz, par une mise en scène au scalpel, va réussir à faire un grand film, avec le concours de trois acteurs de génie (Hepburn, Taylor et Clift). Et puis avec de nouveau Elizabeth Taylor, c'est l'aventure démesurée de Cléopâtre (Cleopatra, 1961-1963). On a tout dit sur cette production insensée, les millions de dollars gaspillés (quarante environ), le scénario remanié par une dizaine de personnes (dont Lawrence Durrell), Mankiewicz remplaçant au pied levé Mamoulian, se brouillant avec Zanuck, puis rappelé par lui pour terminer le film, les caprices d'Elizabeth Taylor, son idylle tapageuse avec Richard Burton, un tournage de plus de deux ans réparti sur plusieurs pays (Italie, Espagne, Egypte, Angleterre), le montage modifié à la dernière minute après une mauvaise preview... Tout cela pour aboutir finalement à un très beau film, avec des parties magnifiques, mais qui sera un désastre financier pour la Fox. Mankiewicz, qui n'y est pour rien et n'a pas à rougir du film, même si ce n'est pas exactement le sien (on voit avec l'extraordinaire César de Rex Harrison, ce qu'il voulait en faire), aura bien du mal à s'en remettre. Il devra attendre quatre ans avant de pouvoir faire un nouveau film, qui sera Guêpier pour trois abeilles (The Honey Pot, 1967), lointaine transposition de Volpone, écrite, produite et réalisée par lui-même. Malgré une nouvelle composition savoureuse de Rex Harrison, ce ne sera pas non plus un succès commercial. Nouveau délai de trois ans jusqu'au Reptile (There Was a Crooked Man, 1970), « curieux western au scénario subtilement élaboré » (Jean Tulard), avec Kirk Douglas et Henry Fonda. Et puis ce sera le dernier film, Le Limier (Sleuth, 1972), film-labyrinthe à la construction d'une extraordinaire subtilité, divertissement raffiné autant que brillant, et dans lequel Laurence Olivier et Michael Caine composaient un mémorable duo. Après cet ultime chef-d'œuvre, Mankiewicz se retire de l’industrie cinématographique, il meurt en 1993 à quelques jours de 84e anniversaire.
La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas - 1982
Soudain l'été dernier (Suddenly, Last Summer, 1959)

Soudain l'été dernier (Suddenly, Last Summer, 1959)

Reptile (There Was a Crooked Man, 1970)

Reptile (There Was a Crooked Man, 1970)

Joseph L. Mankiewicz
Joseph L. Mankiewicz
Joseph L. Mankiewicz
Joseph L. Mankiewicz
Joseph L. Mankiewicz
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Joseph L. Mankiewicz
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Joseph L. Mankiewicz
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