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7 - PARTY GIRL (Traquenard) - Nicholas Ray (1958) – Robert Taylor, Cyd Charisse, Lee J. Cobb

Publié le par Laurent Bigot

7 - PARTY GIRL (Traquenard) - Nicholas Ray (1958) – Robert Taylor, Cyd Charisse, Lee J. Cobb
L'histoire : Chicago. Les années trente. Au «Golden Rooster », cabaret appartenant à Rico, roi de la pègre locale, les danseuses sont «invitées» à distraire les hôtes du gangster lors d'une soirée. Son lieutenant, Louie Canetto, serre de près Vicki, l'une des danseuses, qui, pour lui échapper, se fait reconduire par Farrell, l'avocat de Rico.
Farrell défend Louie inculpé de meurtre. Il embobine le jury et le tueur est acquitté. Vicki, qui a assisté à l'audience, n'éprouve pas d'admiration particulière pour ce talent dévoyé. Pourtant Farrell l'attire. L'intérêt que Farrell lui porte permet à Vicki de se soustraire aux entreprises de Canetto. Farrell obtient de Rico que Vicki ait un numéro de danse bien à elle.
Les relations entre Vicki et Farrell sont au beau fixe. L'avocat évoque son enfance, son accident, son infirmité, sa volonté de réussite... Ils évoquent la possibilité d'une opération chirurgicale en Suède. Sans prévenir Farrell se rend en Europe. Un an plus tard un télégramme invite Vicki à l'y rejoindre.
Farrell ne boite pratiquement plus. Ils entreprennent un long « voyage de noces» à travers l'Europe. Jusqu'à Venise où Rico rappelle Farrell à Chicago.
Le gangster Cookie La Motte a besoin d'un avocat. Rico tient à lui «prêter» Farrell. Ce dernier refuse, La Motte ne lui inspire que du dégoût et, surtout, il compte entreprendre une nouvelle carrière en Californie. Rico menace de s'en prendre à Vicki et contraint Farrell à s'exécuter, lui promettant de lui rendre sa liberté après le procès.
Un juré suborné fait capoter l'affaire. La guerre des gangs reprend. La Motte et ses hommes sont massacrés par les tueurs de Rico. Farrell est un témoin important : il est arrêté. Il ne peut parler en raison des menaces qu’exerce Rico sur Vicki qui, de nouveau, doit se défendre contre les sollicitations de Canetto. Cela ne peut plus durer. Farrell est décidé à parler. Il obtient du procureur que Vicki soit mise en sécurité. Les précautions de la police sont vaines : Vicki tombe aux mains de Rico.
Farrell parle. Rico comprend qu'il a été donné en voyant Farrell libéré. Il le fait conduire à son QG. Vicki est amenée. Farrell essaie de conclure un accord: que Rico libère Vicki et lui, Farrell, se charge de démolir son propre témoignage à l'audience. Il flatte la vanité de Rico qui est prêt à accepter lorsque l'immeuble est assiégé par la police. Rico tente de mettre à exécution sa menace de toujours : défigurer Vicki en l'aspergeant de vitriol.
Une rafale de mitraillette le fauche et c'est sur son visage que le liquide se répand. La bande de Rico est anéantie.
Farrell et Vicki, libres, s'en vont, dépassant le corps de Rico qui s'était écrasé sur la chaussée. 
 
Ce film est l'un des premiers de Nick Ray qui se termine bien, mais surtout dont les problèmes sont définitivement résolus. Auparavant la fin ne signifiait pas grand-chose : Ray restait insatisfait et tourmenté, nuançant le « happy end » par une note amère, pessimiste ou même désespérée (fins de Rebell, de Bigger than life, etc.). Party girl s'affirme comme le plus épanoui. La victoire absolue est conquise par Farrell et Vicky ; êtres libres, ils chassent les derniers fantômes de leur nuit et s'en vont vers une nouvelle vie, vers l’aube qui va se lever (même scène finale que dans Rebell inversée ici et positive). ,
Cet accomplissement des héros et cette conquête d'une harmonie au niveau des thèmes se retrouvent au niveau de la mise en scène. Party Girl est aussi le film le plus «accompli» dans sa certitude. La beauté formelle souligne la nécessité pour Ray de la sublimation esthétique purificatrice. L'harmonie de Farrell et de Vicky doit s'exprimer dans l'harmonie des couleurs et des mouvements de caméra.
D'où l'importance de la présence physique et du corps qui doit s'intégrer au cadre et y redécouvrir l'harmonie cachée. Le corps doit introduire son temps et son espace, ici ceux de la beauté, chantée par le lyrisme. Harmonie, équilibre : il est significatif que Vicky soit une danseuse et qu'elle introduise avec elle le monde de la danse et de la grâce, mais aussi que Farrell soit affligé d'une claudication et qu'il s'en débarrasse, retrouvant ainsi la marche de l'homme normal et son équilibre, premier degré vers l'harmonie plus complète de son amour pour Vicky. Evidente nécessité de la présence de la chorégraphie et de son univers : Ray a su donner à son film les marques éclatantes de la comédie musicale, ses mouvements aériens et ses couleurs, manifestation prestigieuse cl' un monde à part.
Nicholas Ray – François Truchaud – Editions Universitaires, Classiques du cinéma (1965)
 
Œuvre baroque, film flamboyant, Party Girl mêle d'admirables morceaux chorégraphiques - les deux danses de Cyd Charisse - à de prodigieux éclairs de violence. La séquence « à la Scarface » du massacre des hommes de Cookie par ceux de Rico est, à ce titre, fulgurante.
«Je suis satisfait du film, dira Ray, dans la mesure où je ne pense pas que j'aurais pu faire mieux. Excepté une chose que j'ai toujours regrettée. Je voulais une scène entre Lee Cobb et Cyd Charisse. Je voulais prouver que Cyd pouvait jouer. Mais ils ne m'ont pas laissé modifier le scénario.» À la limite de plusieurs genres cinématographiques, du film de gangsters traditionnel au mélodrame, du « film noir» à la recréation d'atmosphère, Party Girl est un des ultimes grands exemples de l'esthétique des firmes, en l'occurrence celle de la Metro-Goldwyn-Mayer.
Est-ce une coïncidence si cette somptueuse symphonie en rouge et or correspond à la fin de l'âge d'or du « film noir» ?
Le film noir – Patrick Brion - Editions de la La Martinière (2004)
 
7 - PARTY GIRL (Traquenard) - Nicholas Ray (1958) – Robert Taylor, Cyd Charisse, Lee J. Cobb

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